Arrivée des premiers commentaires de « Et soudain… »

Les premières réactions à la lecture de « Et soudain, un inconnu vous offre des livres » commencent à apparaître, et elles font bien plaisir !!! Un grand merci aux premiers chroniqueurs et lecteurs et lectrices, pour exprimer leur ressenti. Je suis heureux de voir que la lecture de ce roman a généré autant d’enthousiasme chez certains … Lire la suite

Résultat du concours pour la sortie de « Et soudain… »

Fin du suspens… C’est Joelle, de Cours sur Loire, qui a été désignée par le tirage au sort pour recevoir un exemplaire relié de « Et soudain, un inconnu vous offre des livres. » Félicitations à Joelle, et merci à toutes les personnes qui ont participé à ce concours! Le livre est désormais disponible sur Amazon en … Lire la suite

Fin d’écriture pour « Et soudain, un inconnu vous offre des livres »

Premier roman pour 2021! Une comédie romantique et… littéraire. Que se passerait-il, si d’un coup un mystérieux inconnu laissait des mots troublants dans une boite aux livres, au milieu des recueils qu’il y dépose? En ce qui concerne Guillaume, agent immobilier à Arcachon, la réponse est claire: il va en perdre la tête… C’est avec … Lire la suite

un acteur hétéro peut-il jouer un rôle d’homo? Et une femme écrire des romans d’hommes? mon avis sur ces questions…

Polémique : certains reprochent à Viggo Mortensen de jouer un homme gay dans le film qu’il vient de réaliser. Un débat qui en rappelle un autre dans le monde de la littérature MM : celui autour des femmes qui écrivent des histoires d’amour entre hommes.

On ne peut pas aller au cinéma ces jours-ci, mais celui-ci continue de déchaîner les passions (c’est donc signe qu’il est encore en vie, ouf !). Naïvement peut-être, lorsque j’ai su que Viggo Mortensen avait réalisé un film dans lequel le personnage principal – qu’il joue lui-même – est homosexuel, je me suis réjoui. Le meilleur moyen que l’homosexualité soit acceptée massivement n’est-il pas que ce genre de conduites se multiplient : des hommes a priori hétérosexuels n’ayant pas peur de mettre en scène des histoires d’amour masculines, et mieux encore de prêter leurs traits à ces personnages. Une star incarnant un homo délivre un message : toutes les sexualités existent et sont légitimes. La preuve, je n’ai pas de honte à être vu comme un homme gay. Et puis, à mon avis, plus on s’habitue à voir des personnages homosexuels au cinéma, plus on trouve leur existence dans la vraie vie anecdotique et banale. Car les films ont ce pouvoir : ils donnent une représentation de la société et en changent donc notre perception. Ils nous disent ce qu’est notre réalité et ainsi la transforment.

Voilà pour la théorie, mais la polémique a vite gonflé : on reproche à l’acteur de s’être emparé de manière illégitime de ce rôle. Selon ses détracteurs, en effet, les rôles d’homosexuels devraient être tenus uniquement par des hommes ayant cette sexualité-là. Sinon, il y aurait un manque de justesse dans l’interprétation, et de sincérité.

Euh… Excusez-moi si la question peut paraître idiote mais… Lorsqu’il a incarné un ancien tueur à gages dans le magnifique film de Cronenberg History of violence, a-t-on reproché à Mortensen de n’avoir jamais – à ce que l’on sache – tué quelqu’un ? Ou de ne jamais avoir été chevalier, mais d’avoir osé jouer cela dans Le seigneur des anneaux ? Et oui… Selon la logique précédente, son interprétation d’un meurtrier ne pourrait que manquer de justesse et de sincérité, puisqu’il n’a jamais vécu cette réalité-là… Alors permettons-nous un petit rappel : le métier d’acteur consiste à incarner des rôles de personnes qu’il n’est pas. Il n’apparaît pas à l’écran pour se donner à voir tel qu’il vit au quotidien, mais pour incarner un personnage. Sinon, pour jouer un boucher on ne ferait pas appel à des acteurs mais à des bouchers. Malheureusement ils ne sont pas formés pour tourner devant une caméra, et seront donc certainement moins convaincants pour jouer leur propre rôle qu’un comédien formé pour ça.

Pourquoi ce serait différent dès qu’il s’agit d’homosexualité ? J’y vois deux raisons :

D’abord un réflexe communautariste que l’on retrouve souvent dans les groupes militants. Pour combattre avec plus d’efficacité, on a tendance à se retrouver entre soi et à ne pas supporter que des personnes extérieures veuillent à leur tour porter notre combat. Peuvent être ainsi rejetés par certains militants des blancs voulant défendre des noirs, des hommes souhaitant participer aux combats des femmes, etc. Voir l’ennemi présumé vouloir porter nos couleurs, cela nous heurte. Si l’on regarde l’histoire du féminisme, par exemple, on peut le comprendre : dans un premier temps, il était sans doute utile et nécessaire aux femmes de se retrouver uniquement entre elles, afin de pouvoir partager en toute confiance leurs expériences, définir sans interférences le discours qui puisse les unir et se sentir plus fortes de par l’effet de groupe. Mais une fois cette phase expérimentée, le vrai combat pour faire changer les mentalités implique d’y inclure les hommes : en leur faisant prendre conscience des privilèges dont ils jouissent et de l’injustice que cela génère, ils peuvent transformer leur comportement quotidien. De même, le combat féministe aujourd’hui doit aussi s’ouvrir à mon avis au mouvement queer, car celui-ci revendique également que le genre ou la sexualité cessent d’être un handicap social. Cela implique par exemple d’intégrer sans les questionner des personnes qui se sentent femmes mais ont un pénis. Bref, pour qu’un groupe fasse valoir ses droits, il a d’abord besoin de créer une communauté fermée qui lui servira de support de combat, et ensuite de s’ouvrir au reste de la société. Ce qui n’est pas toujours simple, car il faut alors perdre les réflexes communautaristes auxquels on s’est habitué en militant, et donner la main à celui contre lequel en principe on combat. Ce n’est pas facile.

Deuxième raison au rejet dont souffre Mortensen : la discrimination. Les homosexuels ont depuis sa création été mis à la marge par le cinéma. Pendant longtemps (et ça continue pour beaucoup), les acteurs gays ont caché leur sexualité, car sinon ils perdaient nombre de rôles, surtout les plus populaires. Aujourd’hui encore, c’est un choix courageux pour un membre de cette profession que de s’assumer comme homosexuel. Il cesse d’un coup de faire l’unanimité dans la société, et donc d’être bankable. Sa carrière s’en voit fortement contrainte. Par conséquent, certains acteurs gays ne comprennent pas qu’on leur retire les rôles d’homosexuels, car ils estiment que ce serait la moindre des choses que de leur réserver, afin de compenser la discrimination qui pèse sur leur carrière le reste du temps. Là aussi ça a du sens.

Je comprends donc les raisonnements des opposants au fait que des acteurs hétéros incarnent des rôles d’homos, et peux y voir une logique. Mais pour autant je ne suis pas en accord sur le fond avec eux. Je crois qu’il est important de faire la part des choses, et d’être conscient qu’un – a priori – hétérosexuel comme Mortensen aide la communauté homosexuelle à avancer en portant à l’écran des personnages qui le sont, et en n’ayant pas peur de choquer les homophobes en les incarnant. Il œuvre ainsi à l’acceptation sociale de ce groupe. Il n’est pas un ennemi du combat gay, mais au contraire un allié, car il visibilise cette identité et lui donne un statut de normalité. Quand des stars cessent d’avoir peur de jouer un homo, cela signifie que nous allons dans le bon sens. Lorsque ce sera devenu banal, le combat sera gagné.

Et le lien avec la littérature MM ? Eh bien, les mêmes réflexes communautaires créent les mêmes discours. Certains reprochent aux nombreuses femmes autrices d’homoromance de n’être pas légitimes et de ne pas savoir de quoi elles parlent, car elles ne vivent pas personnellement ces expériences. Mais pour reprendre mon exemple précédent, si moi qui suis un homme j’écris l’histoire d’un boucher homosexuel, on ne me reprochera pas de ne rien connaître des métiers de la viande. Et si j’écrivais une histoire d’amour hétérosexuelle, je crois que personne non plus ne viendrait tenter de m’en empêcher. Je ne serais qu’un de plus parmi la cohorte d’homos écrivant des histoires d’hétéros. Personnellement, je suis touché que des femmes hétérosexuelles passent de nombreuses heures chaque semaine à inventer des histoires d’amour entre hommes. Et aussi que des lectrices s’y intéressent et décident de s’y embarquer. Le fait qu’elles peuplent leur imaginaire avec cela est aussi une manière d’intégrer complètement l’homosexualité dans la vie quotidienne. Ce qu’elles nous disent chaque jour, c’est (et excusez-moi pour l’anglicisme) Love is love. Au-delà des spécificités d’une sexualité ou d’une autre, l’amour nous concerne tous et produit les mêmes papillons dans le ventre ou crises d’angoisse, que l’on soit hétéro, homo, pansexuel, monogame ou polyamoureux. Certains auteurs homos aimeraient garder pour eux leur pré carré, mais personnellement je préfère au contraire remercier chaleureusement ces femmes qui, en écrivant ou lisant des histoires entre hommes proclament que nous autres homosexuels sommes partie intégrante de la société. Et que tous les êtres humains sont unis par l’intensité avec laquelle ils vivent les passions amoureuses et sexuelles, quelques que soient leurs préférences et pratiques. L’amour ne devrait pas avoir de chapelles…

Un immense merci donc à ces femmes qui nous encouragent… et à Viggo Mortensen.