Hétéros... disent-ils

Premières pages de Hétéros... disent-ils

Barcelone, vendredi 8 Juillet

Je découvre avec étonnement que je n’ai pas ouvert ce journal depuis plus de six mois. Le temps est passé décidément très vite. La raison, je la connais : c’est l’amour. Six mois que je suis amoureux, et cela ne me laisse pas trop le temps de coucher sur papier mes faits et gestes. Plus que de temps, c’est une question de nécessité. Célibataire, j’avais beaucoup de temps libre, et personne à qui penser. Je m’ennuyais. Le journal était mon fidèle compagnon. En relisant aujourd’hui mes annotations passées, je retrouve les moments de ma rencontre avec Diego, lorsqu’il était devenu mon collègue de travail. L’obsession qui était la mienne, ma fascination pour son corps et sa personnalité, et nos premiers jeux qui très vite avaient pris une tournure très sexuelle. Très vite, donc, j’ai délaissé mon journal, pris par cette relation inédite. Au bout d’un mois, l’entreprise ayant quelques problèmes financiers, le poste de Diego a été supprimé et je me suis retrouvé seul pour gérer les locations des appartements pour touristes. A vrai dire, même seul, j’ai le temps de m’ennuyer car il y a peu de travail. Et en ce qui concerne Diego, il a vite trouvé un autre job, et nous avons commencé à nous voir une à deux fois par semaine, et à passer une partie de notre temps libre ensemble, comme un jeune couple.

Mais la situation n’est pas si romantique que je le souhaiterais. A la demande de Diego, nous avons à sa demande une relation très libre, et il sait bien en profiter. Et l’amour… je ne sais pas très bien où il se trouve dans tout cela. Nous avons un “lien spécial”, c’est ainsi que Diego nous définit. Dans toute cette histoire, il est clair que le seul amoureux, c’est moi. Pour lui, je ne suis sans doute rien d’autre qu’un amant régulier avec lequel il peut partager des conversations intimes et recevoir de la tendresse quand il en sent le besoin.

A bien y réfléchir, parfois, je me demande ce que je peux bien trouver à Diego. N’importe quel garçon serait plus attentionné que lui, plus aimant. Plus j’y pense, et plus je me sens victime d’une pure attirance physique. Ce que j’aime en lui, à n’en pas douter, c’est son beau visage, ses magnifiques et pénétrants yeux bleus, son corps svelte et athlétique, ses dents blanches, sa peau brune de colombien… J'apprécie beaucoup également son rire, sa manière de ne rien prendre au sérieux et de vivre pleinement l’instant… Et puis, il y a ses fesses ! Elles ont la fermeté du sportif, la douceur du latino, et suffisamment de volume pour les sentir pleinement en main. Lorsque je le pénètre, je les perçois comme une masse compacte rebondissant avec élasticité contre mes hanches. Elles ne sont ni molles ni osseuses, mais au contraire parfaitement calibrées pour le sexe, douces et fermes...  J’aime aussi le petit rond plus brun qu’on y découvre, sans aucun poil et d’une grande délicatesse. Avec personne je n’ai pris tant de plaisir à lécher lentement cet endroit, à y faire entrer méthodiquement mes doigts, à le caresser avec la pointe de mon phallus et le pénétrer progressivement. On entre en lui en sentant d’abord une absence de résistance et une immense douceur. Puis on découvre comment notre membre se laisse aspirer, et très vite on réalise qu’on est déjà profondément ancré en lui.

Diego a un corps parfait, certes, mais ce n’est pas pour autant le meilleur des amants. Il n’est pas très joueur, et n’attache pas de grande importance aux préliminaires. Ce qu’il veut absolument, et je dirais exclusivement, c’est sentir en lui mon sexe. A peine la pénétration a-t-elle débuté qu’il commence à l’accompagner en se masturbant, sans tenter de faire durer. Il aime jouir en cinq minutes, allongé sur le ventre, tandis que derrière je le pénètre rapidement. Depuis six mois, nous faisons très souvent l’amour, mais seulement à trois reprises il m’a sucé. La plupart du temps, il se contente de quelques baisers, puis il s’allonge, relève légèrement l’arrière-train, et attend que je fasse le reste. Il aime, certes, que je prenne le temps de lécher son anus, mais ensuite il faut entrer en lui, tenir ses fesses dans mes mains, et avoir des coups de reins réguliers et rapides. Il aime ça, il semble adorer ça et sans compliquer la chose outre mesure. Du reste, je prends beaucoup de plaisir moi aussi, et cette apparente monotonie ne parvient pas à couper mon excitation, bien au contraire. Mais j’ai parfois la nostalgie de ces rencontres dans lesquelles les jeux sexuels duraient longtemps, où l’on partageait mutuellement des fellations et toute une infinité de caresses, où l’on pouvait pénétrer l’autre puis se faire pénétrer par lui, où l’on variait les positions quasiment à l’infini, où l’on prenait le temps de tester et deviner ce qui donnait le plus de plaisir à l’autre et où l’on cherchait à le surprendre…

Somme toute, après six mois passés à faire l’amour avec Diego, mon plaisir reste intense au lit avec lui. Mais plus que par ses qualités d’amant, je crois que c’est la grande excitation que provoque sur moi son corps, et l’amour que j’éprouve pour lui, qui me font prendre mon pied. En ce qui le concerne, j’ai l’impression qu’il me considère comme son amant régulier, et me fait l’amour comme si on était mariés, comme si nous avions décidé une fois pour toutes ce qui nous plaisait sexuellement, et qu’il n’était pas nécessaire d’explorer davantage. Ce qui se passe, très probablement, c’est qu’il réserve le champ de l’expérimentation et des plaisirs variés avec ses autres amants, les occasionnels. Avec eux, certainement, il donne le meilleur de lui-même et se préoccupe de leur plaisir, et pas seulement du sien.

J’ai essayé, moi aussi, de rencontrer d’autres garçons. Après tout, je n’ai aucune obligation de ce côté-là avec Diego. Et même, il me semble que nos relations s’équilibreraient, si j’avais moi aussi des histoires ponctuelles, et ne dépendait donc pas autant de lui d’un point de vue amoureux et sexuel. Mais ça m’ennuie. Après quelques semaines avec Diego, à une période où je souffrais beaucoup de le voir disparaître sans donner d’explication, et où je constatais que je ne pouvais jamais compter sur lui, j’ai téléchargé Grindr et ai commencé à l’utiliser dans le but de trouver des types avec lesquels baiser. J’en ai rencontré deux, à une semaine d’intervalle, et chaque expérience a été similaire. L’un comme l’autre étaient des garçons parfaitement à mon goût. Minces, à la peau légèrement brune, latinos, la vingtaine à peine… Ils sont venus chez moi pour faire l’amour, et dans les deux cas nous nous y sommes mis rapidement, après cinq minutes de conversation polie. Techniquement, c’était bien, ils étaient de bons amants. Mais j’ai pris finalement bien peu de plaisir. Il me manquait des frissons et de l’émotion. Tout était tellement programmé que c’en était insipide. Et ensuite, à peine l’acte consommé, ils terminaient rapidement leur bière et s’en allaient, me laissant finalement bien plus frustré qu’avant leur arrivée, et plus désireux encore de serrer Diego dans mes bras et m’endormir à ses côtés.

J’ai donc très vite renoncé aux plans culs, ce n’est pas du tout mon truc. Mais le désir sexuel ne m’a pas quitté. Au contraire, plus le temps passe, plus il me tenaille. Faire l’amour avec Diego ne me suffit plus, je passe mes journées à me sentir érotisé, à avoir la chair de poule pour un rien. J’ai besoin d’aventures sexuelles, voilà tout. Et dans ces conditions, le dérapage devient inévitable…

Au travail, je passe mon temps à accueillir de nouveaux touristes, qui viennent loger dans les appartements que nous louons au jour ou à la semaine. Cette année, pour une raison que j’ignore, une grande partie d’entre eux sont homosexuels ou tellement mignons qu’immédiatement on les désire. Et moi, bouillant comme je le suis ces derniers temps, je perds un peu la tête. Je me suis mis depuis quelques semaines à les espionner…

Au début, lorsque de jolis garçons arrivaient, je me contentais de monter parfois jusqu’à leur couloir et porter l’oreille contre leur porte. Et puis, progressivement, j’ai senti le besoin d’entrer chez eux lorsque je les voyais sortir. C’est évidemment une folie qui pourrait m’attirer au minimum un renvoi du travail, mais je ne peux m’en empêcher. Ayant le passe de toutes les portes, il m’est très facile de pénétrer dans les appartements à tout moment. De plus, les touristes ont l’habitude de passer la journée entière dehors. Si on les voit sortir avec des serviettes de plage, on sait qu’ils seront absents pour trois heures au moins. Et si jamais je me fais surprendre - ce qui ne s’est jamais produit - j’ai une excuse toute prête : une tâche humide est apparue sur le plafond de l’appartement du dessous, et il faut vérifier qu’il n’y a pas de fuite.

Mais hier, il s’est produit un événement fortuit et le dérapage a eu lieu. C’était prévisible. J’aurais pu l’éviter, mais au lieu de chercher une échappatoire facile, j’ai pris des risques inconsidérés… J’étais monté dans l’appartement d’un jeune allemand extrêmement beau, et qui jusque là m’intriguait particulièrement : je ne parvenais pas à savoir s’il était homo ou hétéro, voire bi. Il a un regard particulièrement ambigu, et chaque fois qu’il a eu à s’adresser à moi j’avais l’impression qu’il me draguait. Ou bien simplement il est charmant avec tout le monde… Il est assez grand, 1m85 environ, a les yeux verts, les cheveux blonds, et une peau avec de très petites taches de rousseur et un ton général particulièrement doré et sensuel. On sent qu’il fait régulièrement du sport, et son tour de bras est assez impressionnant… Pour lier le tout, il marche avec une très grande grâce, sans doute il est danseur. Comme eux, il semble se déplacer en apesanteur, ne touchant le sol que de la pointe des pieds.

Et hier, donc, en début d’après-midi, j’ai vu qu’il sortait avec un sac sur le dos, et ai pensé qu’il était parti pour toute l’après-midi. Ayant un peu de temps libre, après le quart d’heure réglementaire (le délai que je m’impose pour éviter de me retrouver nez à nez avec un client revenant chez lui après s’être aperçu qu’il avait oublié quelque chose) j’ai pris le passe et suis monté chez lui. L’appartement était dans la semi-obscurité, avec les volets fermés - sans doute pour éviter les chauds rayons du soleil, ou bien parce que l’allemand aime déambuler nu et préfère éviter les regards curieux des voisins. Comme je le fais souvent, je suis allé directement vers la chambre, afin de renifler les draps. En bon allemand, il est très soigneux, et avait pris soin de faire son lit avant de sortir. J’ai préféré ne pas l’ouvrir, afin qu’il ne puisse s’en rendre compte en rentrant, et me suis contenté d’humer les oreillers. Il y avait sur eux l’odeur d’un parfum assez fleuri et plutôt féminin, en tous cas très élégant. Je suis allé ensuite dans la salle de bains, voir si y traînaient quelques vêtements sales ou bien des préservatifs dans la poubelle. Rien de tout cela, il s’agit d’un garçon visiblement à la fois soigneux et sage…

Dans l’armoire, j’ai pu trouver deux sacs plastiques pour le linge sale, l’un avec les sous-vêtements, et l’autre avec les t-shirts. J’ai d’abord reniflé ces derniers, à l’endroit où ils sont en contact avec les aisselles. On y trouvait évidemment des effluves de sueur, pas excessives mais inévitables de par la grande chaleur que nous avons à Barcelone en été. Il a une transpiration à l’odeur agréable, là aussi discrète et élégante. Je me suis alors aventuré dans l’autre sac, et en ai sorti un caleçon. Avant de le sentir, j’ai voulu regarder s’il portait des traces de sperme séché, mais tout d’un coup j’ai entendu des pas s’approcher dans le couloir de l’immeuble et me suis immobilisé. Puis il n’y a plus eu de doute possible, c’est bien à la porte de l’appartement que quelqu’un mettait sa clé pour entrer. Et là, au lieu de réagir comme toujours je l’avais prévu, c’est à dire d’aller dans la salle de bains et expliquer que j’étais monté pour vérifier d’où venait une fuite détectée plus bas, j’ai eu un réflexe complètement fou : à peine refermée l’armoire, je me suis jeté sous le lit. De là, j’avais une vue sur la porte d’entrée et l’ensemble de l’appartement.

L’allemand est entré et a retiré ses courses de son sac à dos, il était parti acheter de quoi se nourrir. Immédiatement après avoir rangé les produits, je l’ai vu retirer lentement tous ses vêtements, un à un. C’est donc bien pour cette raison qu’il gardait les volets fermés, il aime se balader à poils. J’agis pareil chez moi, et le comprends donc complètement. Il fait bien trop chaud en ce moment pour garder sur soi la moindre étoffe. Mais tout de même quel corps ! Autant je n’aime pas trop les types très musclés, autant dans son cas je ne pourrais pas dire non. Il a un corps de salle de sport, certes, mais très harmonieux. Pas une partie qui soit plus développée que les autres, ni de muscles trop exagérément proéminents. Et l’ensemble de son corps donne une sensation de force et puissance. Un petit tatouage d’ancre de marin, placé un peu au-dessus du pubis, lui donne un air viril qui pour le coup contrebalance très bien son apparence soignée et un peu maniérée lorsqu’il est habillé.

Mais sous le lit, il commençait à faire très chaud, et moi j’étais en jean et chemise. Je commençais à suer à grosses gouttes. J’ai commencé à stresser, d’une part qu’il me surprenne, et d’autre part qu’au bureau on cherche à me joindre et pense que j’avais déserté mon poste. J’ai pris conscience de la grande absurdité de mon réflexe. Si l’allemand restait des heures chez lui, j’étais complètement bloqué, et au moindre mouvement ou éternuement il me surprendrait, avec les graves conséquences que cela pourrait entraîner. J’avais pensé en entendant les clés qu’il venait simplement chercher un objet oublié avant de repartir, et mon réflexe absurde me mettait désormais en grand danger.

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