Joli coeur

Premier chapitre de Joli coeur

Un petit coup d’œil à droite : personne. Un autre coup d’œil à gauche : la voie est libre… Combien j’en prends cette fois-ci ? Deux, trois ? Non… cinq ! Il est peu probable que je tienne beaucoup plus longtemps dans cette ambiance étouffante, alors autant accumuler le plus de réserves possibles. D’un geste à la fois anodin et discret, j’ouvre le tiroir des fournitures et en sort cinq stylos feutres. Comme dirait ma grand-mère, « C’est toujours ça que les boches n’auront pas ! » Au vu du salaire minable que je reçois, je reste encore loin d’équilibrer les comptes. Pour être rémunéré à une juste mesure, c’est une vingtaine de stylos qu’il me faudrait soustraire chaque jour. Ceci dit, si je faisais le décompte chez moi, ce serait pour constater que depuis que je travaille ici j’en ai volatilisé une bonne centaine. C’est tout à fait absurde, quand j’y pense. Je n’aurai pas assez d’une vie pour tous les utiliser, et leur plume sera probablement desséchée d’ici un an ou deux. Et si je me mettais plutôt à leur voler des calepins ? Bof… le papier avec lequel ils sont fabriqués ne m’émeut pas particulièrement. Il est trop rugueux à mon goût. Alors que les feutres, eux, ont une capacité à donner à mon écriture une apparence élégante et stylée. Je ne me lasse pas de prendre des notes, grâce à eux.

Une fois retourné à ma place, j’entre dans un moment d’intense réflexion : ne suis-je pas arrivé au moment adéquat pour donner ma démission à la radio, et chercher enfin du travail dans l’humanitaire ? Ça fait deux ans que je suis ici, et à part apprendre à encaisser les insultes et les humiliations du patron, je n’ai acquis presqu’aucune expérience professionnelle intéressante. Ce qui à la base devait être un emploi alimentaire et transitoire s’est vite transformé en mon quotidien. Il est plus que temps de me donner une petite claque et m’imposer un changement d’horizon. Je pourrais laisser passer l’été, car je suis bien mieux ici avec l’air conditionné que dans mon appartement intenable par cette chaleur, et donner ma démission pour la rentrée. Ça m’évitera aussi de vivre l’enfer du mois de Septembre, avec le lancement de la nouvelle grille de programmes. A cette époque, en général, aussi bien journalistes qu’animateurs sont sujets à un stress qui les rend insupportables. Sans parler du pire de tous, le directeur de la station, qui non seulement est un maître dans l’art de pourrir la vie de ses employés, mais en plus est mon supérieur direct. Plus que pour lui fournir chaque heure une sélection d’informations pertinentes pêchées dans les agences de presse, je suis payé pour lui permettre d’avoir quelqu’un sur qui crier lorsque l’envie lui prend. Je saisis mon carnet et un des stylos que je viens de dérober, et note en l’entourant la date à laquelle je présenterai ma démission : le 27 juillet. Ainsi, je pourrai m’éclipser de la radio un mois plus tard, juste avant le grand stress de la rentrée. Ma décision est prise, et je me sens d’un coup bien soulagé.

A cette heure matinale, il n’y a encore presque personne dans l’immense open-space de la rédaction, au milieu duquel je travaille. J’ai du temps devant moi, car même si je dois me présenter à huit heures tapantes, il est rare que le directeur débarque avant dix heures bien tassées. Et autant être honnête : pour sélectionner les infos diverses et variées que je présente ensuite au tyran qui me sert de chef, je n’ai besoin que d’une dizaine de minutes. D’ailleurs, plus le temps passe et plus j’ai l’impression qu’il ne lit pas mes comptes-rendus. En deux ans, il ne m’a jamais fait la moindre remarque sur mon travail. On me paye probablement pour rien, d’autant plus qu’il lui suffit d’ouvrir son navigateur internet pour avoir accès à tous les infos. Je ne vois vraiment pas pourquoi il s’entête à payer quelqu’un pour lui préparer sa petite sélection. La folie des grandeurs et le plaisir d’avoir des gens payés à son bon plaisir, je ne vois aucun autre argument pour justifier le poste que j’occupe…

Je décide d’aller prendre un café, mais au moment où je me lève apparaît la silhouette élancée d’Erick, mon voisin de bureau à l’allure de geek quinquagénaire. Il m’offre un grand salut amical, et me prend chaleureusement dans les bras. Sur les 120 personnes qui travaillent ici il est l’une des seules véritablement agréables à côtoyer. J’ai une chance inouïe de l’avoir pour voisin chaque jour. Il est l’animateur météo, et vit cela avec une grande décontraction. Il prépare ses bulletins en cinq minutes chrono, et passe la journée à raconter des blagues, surfer sur internet, résoudre des sudokus et se présenter à heures fixes au studio, où il annonce d’une voix radieuse l’arrivée des nuages, du froid, ou de la pluie. Un personnage à part, et dont j’admire par ailleurs l’immense patience : il ne se passe jamais plus de dix minutes sans que quelqu’un vienne lui demander quel temps il fera le prochain week-end en Normandie ou dans le sud. Il se moque gentiment de ses interlocuteurs, en leur demandant comment ils peuvent attendre autre chose que de la pluie à Caen ou du soleil à Nice, mais consent l’effort de leur donner des informations personnalisées, en feignant de savoir de quoi il parle. Comme il me le répète souvent, il m’a à la bonne car je suis le seul à ne jamais lui demander de pronostic. Mais depuis le temps que je travaille à ses côtés, il ne m’a pas fallu longtemps pour découvrir sur quel site il va copier toutes ses infos, et aussi pour prendre conscience d’une vérité malheureusement tenace : il se trompe dans 90% des cas. Espiègle comme il l’est, je me demande même s’il ne le fait pas exprès.

Nous discutons un peu de l’immense chaleur qu’on ressent dans les rues de Paris dès l’aube aujourd’hui, et son accablement semble démontrer qu’une nouvelle fois il en a été le premier surpris. Je lui rappelle d’ailleurs avec malice qu’hier, sur les ondes, il a annoncé une journée plus fraîche et l’arrivée des nuages. Son regard pervers me confirme son malin plaisir à jouer avec les nerfs des auditeurs, mais soudain pris par un accès de lucidité il s’inquiète : « Toute la journée, je vais être harcelé par les journalistes, qui viendront se plaindre de la chaleur et me demander si oui ou non nous allons entrer dans une période de canicule. Comme il ne se passe rien dans l’actualité, ils n’attendent que ça, parler de la pluie et du beau temps. Mais que veux-tu que je leur dise ? Je ne suis tout de même pas Mme Irma ! Tout ce que je sais, c’est qu’aujourd’hui on crève de chaud. Tu vas voir, ils vont me convoquer à la conférence de rédaction et faire des pieds et des mains pour que j’intervienne dans le journal ce midi. Il s’est passé des trucs dans la nuit ? Parce que sinon, je ne vais pas y couper : je ferai l’ouverture du 13h, et il faudra que je meuble pendant cinq minutes en expliquant pourquoi il fait chaud en été. Je comparerai les températures avec 2003, comme d’habitude. Et si je ne tiens pas suffisamment longtemps, alors je parlerai aussi de 1976. Tous les ans, c’est pareil. »

Après avoir échangé avec moi un rire complice, Eric s’assied à mes côtés et entame son premier sudoku de la journée. A sa manière de remuer sur son siège, je devine qu’il veut me confier quelque chose. Et ça ne manque pas : « Si je complète mon sudoku en moins de huit minutes, je leur annonce une chaleur épouvantable jusqu’au week-end. Et sinon, des orages terribles dans la nuit. Un peu comme une apocalypse, tu vois le genre ? Dès que c’est extrême, ils adorent… » Je lui propose d’aller lui chercher un café, et me lève. Je me dirige lentement vers les tables de petit-déjeuner, en prenant le temps de me balader. J’aime l’ambiance de la salle de rédaction à huit heures du matin. Il n’y a presque personne – dix personnes à tout casser, alors qu’en journée on atteint la centaine – et les équipes de nuit terminent tranquillement leur tâche. Leur rythme est différent de celui des journalistes de jour. Ils sont beaucoup plus détendus et, étant peu nombreux et moins stressés, ils forment ensemble une petite famille dans laquelle on passe son temps à parler de tout et de rien. A 9h, le changement s’opère et le rédacteur en chef des journaux de la mi-journée débarque, plein de stress et d’arrogance. Une période plus nerveuse se met alors en place. Les journalistes arrivent d’abord au compte-gouttes, mais très vite, ça court et ça crie dans tous les sens.

Je me sers un café assez généreux, et m’empare d’un croissant. Ils sont absolument délicieux et, malgré le problème que cela constitue pour ma ligne, je ne peux m’empêcher d’en manger deux ou trois chaque matin. Ils sont subtilement enrobés de sucre glacé et contiennent énormément de beurre. Des bombes caloriques dans toute leur splendeur, mais absolument succulentes… Je vais me poster devant l’immense fenêtre du studio, où le présentateur de la matinale lance les reportages. Attentif au spectacle de l’information en train de se divulguer, je mange tranquillement mon croissant tout en buvant quelques gorgées de café. En deux ans de travail ici, je ne me suis jamais lassé du spectacle des journalistes en plein direct : tendus et extrêmement concentrés, chacun de leurs mots ou la moindre de leurs respirations parviennent instantanément à des millions d’oreilles. C’est absolument fascinant…

De retour à mon bureau, je me rends compte que j’ai oublié le café d’Eric et reviens donc sur mes pas. J’en profite pour emprunter un autre chemin. La salle de rédaction est immense, et en son cœur on trouve un local vitré, appelé le bocal, où travaillent en permanence le rédacteur en chef et son équipe la plus proche. C’est le nerf de la guerre, celui dans lequel se décident les futurs reportages et se convoquent les journalistes avant de les envoyer en mission. Dès que l’actualité s’emballe, on y entend des cris et y observe des mouvements déchaînés. Et dans les moments calmes, comme celui-ci avec l’équipe de nuit s’apprêtant tranquillement à repartir chez elle, on peut surprendre des conversations tranquilles. Il est question en ce moment même de football, et du marché des transferts. N’étant pas expert en la matière, je passe mon chemin. Je fais signe en passant à Luc, un des étudiants se relayant au poste du « Fil direct ». Leur tâche est de recevoir les appels d’auditeurs témoins d’événements d’actualités, et de vérifier ces informations. Tout comme moi, à part quelques moments de rush ils ont un rythme de travail assez tranquille. A ma grande surprise, Luc m’annonce que c’est son dernier jour ici, et qu’il partira dès demain pour un long voyage autour du monde. Je commence à l’interroger, mais malheureusement il reçoit un appel et doit donc y répondre. Je lui fais signe que je repasserai plus tard, et reprends mon chemin.

Je m’accorde une petite halte devant la table sur laquelle les journalistes entreposent les livres qui leur ont été envoyés gracieusement par les maisons d’éditions. Ils y restent en libre-service, et j’y pioche parfois quelques pièces intéressantes. Immédiatement, mon regard est attiré par un énième essai autour du réchauffement climatique. Je m’en empare afin de le donner à Eric en même temps que son café. En plus d’animateur météo, il est un écologiste forcené, et il se fera sans doute un plaisir de le feuilleter. Puis je vais remplir une tasse, et reviens vers mon poste de travail avec mes présents pour mon collègue. Il me donne une grande tape sur le dos et commence à déguster son café, en expliquant qu’il en avait un grand besoin.

Quant à moi, n’ayant rien de particulier à faire, je m’empare de mon téléphone et ouvre mes applications de rencontres pour voir si des messages m’attendent. Je n’y trouve rien, malheureusement, et commence à faire défiler les profils. Je ne sais pas si c’est l’effet d’abord du printemps puis de l’été, mais depuis quelques mois j’ai une vie sexuelle assez intense. Progressivement, j’ai troqué les rendez-vous galants pour d’autres plus directs, les fameux « Plans cul ». Mais un phénomène étrange semble s’installer : plus je m’adonne à ces moments de plaisir ritualisés et plus je me sens en manque. Une seule explication possible : ils ne me satisfont pas. Rencontrer un garçon pour baiser en 30 minutes chrono, tout en ayant pu connaître auparavant tous les détails de son corps par photo est peu stimulant. Je prenais beaucoup plus de plaisir autrefois, en convenant dans un premier temps de prendre un verre pour se connaître, et en sentant l’attirance pour l’autre monter ou pas. Le fait de découvrir peu à peu la personnalité et le monde intérieur du garçon, puis en cas d’atomes crochus entrer progressivement dans un jeu de drague, rendaient l’expérience bien plus intéressante et émotionnante. Les plans trop rapides et trop prévisibles sont bien fades… et pourtant j’y succombe de plus en plus souvent. Je ne sais pas ce qui m’a fait tomber dans ce cercle vicieux, mais il serait temps de laisser pour quelques mois ces applications hors de ma vie, et réapprendre à observer le monde alentour. Une bonne résolution que malgré tout je tarde à prendre…

En découvrant sur mon téléphone le visage de Luc et l’indication de sa grande proximité à ce moment précis – sans surprise, puisqu’il ne se trouve qu’à une quinzaine de mètres de moi, dans l’open space – je prends conscience qu’à partir de demain nous n’aurons plus l’occasion de nous retrouver. A deux reprises, nous avons pu échanger quelques attouchements furtifs mais délicieusement interdits, dans les toilettes. La première il y a six mois à l’aube, avant que la plupart des journalistes arrivent, et la seconde quelques jours plus tard à la nuit tombée. Les employés du « Fil direct » se relaient sur deux tranches, 6h / 14h et 14h / 22h. Quant à moi, je débute en général à 8h et repars vers 17h, mais il arrive que je doive m’astreindre à des heures supplémentaires, tôt le matin ou tard le soir, selon l’intensité de l’actualité et l’emploi du temps du directeur de la station. Bref, aussi bien à l’aube que pendant la nuit, deux fois nous avons pu nous retrouver avec Luc dans les toilettes en marbre du 4e étage – celles de la direction, généralement désertes à ces heures-là – et nous amuser un peu. Le côté clandestin de nos ébats les a rendus chaque fois particulièrement excitants. Mais mon collègue n’est pas adepte des relations suivies, et très vite j’ai compris qu’il n’y avait rien d’autre à envisager avec lui qu’un peu de sexe rapide. C’est dommage, car il m’a toujours beaucoup plu. Par prudence, j’ai préféré ne pas renouveler nos ébats, sachant très bien que sinon j’allais finir par m’attacher à une personne peu réceptive aux histoires d’amour, ce qui est le meilleur moyen de souffrir. J’ai beau être dans une période dévergondée, je n’en reste pas moins un garçon sentimental. En ce moment, je couche à droite à gauche, certes, mais dans le fond je rêve d’une belle romance avec un prince charmant.

Sans prendre le temps de réfléchir davantage, ceci dit, je me lève et me dirige vers le bureau de mon camarade. Le savoir bientôt si loin me donne l’envie irrésistible de partager avec lui un dernier moment intime. Il n’y a plus de risque pour moi de trop m’attacher, puisqu’immédiatement il partira pour son long voyage ; et mes pulsions, en tout état de cause, sont difficilement contrôlables à son égard. J’ai trop fantasmé sur lui ces derniers mois pour le laisser partir sans tenter de lui faire l’amour en guise d’adieu. D’ici une heure les journalistes vont arriver et il nous sera impossible d’avoir le moindre rapprochement. C’est le moment ou jamais ! Tout en avançant vers lui, je comprends à quel point celui que j’étais il y a encore quelques mois aurait du mal à me reconnaître dernièrement. Il ne comprendrait pas pourquoi je saute ainsi, en plein milieu de mon travail, sur un garçon qui immédiatement disparaîtra de ma vie. Au fond de moi, je sais pertinemment ce qui influe sur mon comportement : le fait d’exercer au quotidien un métier qui m’ennuie me remplit de frustration. Et le sexe est devenu mon exutoire. Les rencontres furtives avec des anonymes, ces derniers temps, ne sont qu’une vaine tentative de me sentir vivant et acteur de ma vie. Il est urgent de reprendre en main ma carrière professionnelle, et d’attaquer le mal à la racine. Je n’ai jamais jugé ceux qui ont recours au sexe facile, mais je sais que cela peut vite se convertir en une addiction. Et puis, il y a tellement plus à partager avec un garçon qu’un petit coup vite fait !

Mais en me déplaçant dans l’open space, très vite c’est sur Luc que je me concentre bien plus que sur mes plans de reconversion. Ses yeux verts et ses sourcils épais montrent un certain plaisir en me voyant réapparaître, et j’ai l’intuition qu’il ne sera pas difficile à convaincre. Mieux même, je sens à son sourire en coin qu’il avait échafaudé exactement le même plan que moi. Je l’interroge poliment sur le trajet qui sera le sien pendant son tour du monde, et une fois qu’il a terminé de le détailler je lui demande s’il a prévu un pot de départ. Et là, avec une grande assurance, il me répond : « Oui, au 4e dans cinq minutes. » J’exulte et, sans rien faire pour dissimuler, je me dirige d’un pas décidé vers le couloir puis l’ascenseur. Une fois arrivé au bon étage, je constate que comme d’habitude à cette heure-là il est désert, et vais attendre mon compagnon dans les toilettes. Nous y serons seuls. Autant je sens la nécessité de mettre fin aux plans culs auxquels je me suis trop facilement habitué, autant la situation qui m’attend me semble particulièrement savoureuse.

Sans chercher à me faire attendre, Luc débarque dans les toilettes une minute à peine après moi. Je l’attendais devant les lavabos, et à peine est-il apparu j’ouvre la porte de la cabine pour handicapés, de loin la plus spacieuse de toutes. Une fois refermée sur nous, il commence immédiatement à déboutonner son pantalon et m’affirme avec les yeux brillants : « Le travail ici ne va pas me manquer, mais toi par contre oui. Très régulièrement, je m’excitais à mon bureau en te regardant déambuler. On a été idiots de ne pas se retrouver ici plus souvent. » J’ai à peine le temps de lui sourire et de me demander s’il n’est pas en train de se repentir de n’avoir pas entamé une relation sérieuse avec moi que d’un geste autoritaire il appuie sur ma tête pour me faire m’agenouiller. Pas de doute possible, ses regrets sont d’ordre sexuel et en aucun cas romantique. Sa queue est déjà libérée de tout vêtement, et n’a évidemment pas changé de morphologie depuis nos précédents échanges : courte, épaisse, et avec une forte courbure sur le côté droit. Il la place directement dans ma bouche et commence à remuer. Nos deux rencontres il y a quelques mois m’ont appris qu’il est plutôt du genre rapide – rien de surprenant à vrai dire dans ce genre de contexte. Ayant bien appris la leçon, j’ouvre ma ceinture et fais glisser sur mes cuisses mon pantalon, tandis que Luc me pénètre la bouche avec fougue. Je sais qu’il faut que je commence immédiatement à me masturber, si je ne veux pas le voir terminer avant d’avoir pu réellement me chauffer.

Mais cette fois-ci, peut-être saisi par le caractère spécial de ces derniers ébats entre nous, mon amant cesse d’un coup ses mouvements et me propose de me sodomiser. Je suis un peu pris au dépourvu, mais ne vois aucune raison de refuser. Cela rendra à coup sûr nos échanges un peu plus longs, et aussi plus intenses. Sans rien dire, je me déplace sur les genoux et me positionne à quatre pattes, le postérieur bien offert vers le haut. Puis, d’une main agile, je saisis un préservatif dans ma poche, le retire de son étui et le tends à Luc, qui l’enfile sans faire de manière. Et en quelques secondes à peine, je sens son membre pénétrer progressivement en moi, à un rythme lent mais sûr. Une fois bien ancré, il a la courtoisie de me laisser un temps d’adaptation avant de bouger, et j’en profite pour retirer rapidement mon t-shirt, afin de lui offrir une vue de mon corps. Il en profite pour prendre solidement mes hanches dans ses mains, et entame de lents va et viens. Rapidement, en sentant mon corps se détendre, il accentue ses mouvements et commence à s’en donner à cœur joie. De mon côté, je gémis le plus silencieusement possible, frustré de ne pouvoir dans un lieu public manifester avec plus de clarté mon plaisir, et commence à me masturber en rythme. La forme particulière du sexe de Luc, et sa courbure sur un côté, offre un bénéfice imprévu : il caresse lors de sa pénétration une zone très érogène, ce qui décuple mes sensations. Je ressens chacun de ses mouvements avec une immense amplitude, c’est délicieux !

Très vite, nos efforts pour rester discrets sont rendus inutiles par le claquement puissant des testicules de mon collègue contre mes fesses. J’adore ce bruit caractéristique de ces moments somptueux où les deux partenaires prennent leur pied à l’unisson. Au vu de ce vacarme croissant, je me permets des gémissements un peu plus sonores, qui eux aussi semblent amplifier mes sens. Ma main, agrippée à ma bite, la masturbe avec une grande frénésie et je sens que l’un comme l’autre nous approchons de l’orgasme. Mais tout d’un coup, un son de porte nous arrête net : quelqu’un vient d’entrer dans les toilettes ! Nous restons absolument immobiles, à quatre pattes avec le pieu de Luc encore solidement enfoncé en moi, et prêtons l’oreille avec une immense préoccupation. Est-il possible que la personne qui vient de surgir, en s’approchant, ne nous ait pas entendu prendre notre pied ? Il semblerait que non, car avec un grand naturel elle pousse la porte de la cabine adjacente à la notre et dézippe son pantalon. Sans conteste, il s’agit d’un homme, et plus précisément de l’un de ces exemplaires qui aiment pisser dans l’eau en produisant le plus de bruit possible.

En luttant pour ne pas éclater de rire, nous restons absolument immobiles Luc et moi. Il porte toutefois rapidement sa main à ma bouche et mes narines, comme s’il voulait m’empêcher d’être trop indiscret en respirant. La sensation de cette paume ferme et de ce sexe ancré en moi n’est pas déplaisante, loin s’en faut. Tandis que notre voisin tire la chasse d’eau, j’en profite pour exercer un très léger mouvement des hanches, afin de permettre à mon amant de coulisser en moi. Puis, provocateur, je parviens en ouvrant la bouche à me saisir avec les dents d’un de ses doigts et le mordiller. Il est incapable de résister à cette invitation, et reprend sa pénétration, avec des mouvements d’une grande discrétion. Sa bite entre et sort de moi avec une immense délicatesse, et cela a pour effet d’augmenter plus encore mon plaisir. Je lui fais passer le message en suçant son doigt avec avidité et accompagnant ses mouvements doux avec mon bassin.

Au moment où l’homme rejoint les lavabos et fait couler l’eau à grand débit pour se laver les mains, Luc se dégage rapidement de moi et me fait signe de me retourner, d’un geste ferme sur mon épaule. Je m’exécute, toujours à quatre pattes, et me retrouve face à son sexe, qu’il vient de libérer du préservatif. Son projet est facile à comprendre, et je commence à le sucer tout en le masturbant d’une main. Il est visiblement proche de la jouissance, et il nous faut un grand contrôle pour pratiquer cette caresse sans émettre le moindre bruit. Le robinet, heureusement, couvre parfaitement le son de nos gestes. L’homme a le bon goût de se laver les dents, désormais, tout en laissant l’eau couler. Si tout se passe bien, nous allons pouvoir jouir avec une excitation redoublée par la présence de ce témoin imprévu, susceptible de nous surprendre à tout moment. Il faut faire vite, et terminer avant que le brossage de dents soit terminé. Tout en accélérant ma fellation, je m’empare de mon sexe à nouveau. Dans une situation à ce point périlleuse et exaltante, il est évidemment facile d’atteindre l’orgasme. Au bout de vingt secondes à peine, Luc sort rapidement son sexe de ma bouche et inonde mon visage de son sperme, tandis que moi-même j’arrose le carrelage. C’est divin !

Comme par miracle, c’est au moment précis où nous commençons à pouvoir reprendre notre souffle que notre voisin arrête le flux du robinet. Nous restons attentifs et immobiles, attendant qu’il s’en aille pour nous rhabiller, mais soudain nous entendons sa voix. Il semble se parler à lui-même devant le miroir, et se donner du courage pour affronter la journée : « Pas d’hésitation, Albert ! A peine assise, tu lui annonces qu’elle est virée et le montant des indemnités. Pas de pitié. Et immédiatement tu lui montres la porte, sans lui laisser le temps de protester. On ne construit pas d’empire sans imposer sa force. Elle a osé te contredire devant d’autres journalistes, et ils verront de quel bois tu te chauffes : dès le lendemain, elle fait ses valises, ça leur servira de leçon. Après ça, tu les auras tous au garde à vous. Non mais… Je vais la flinguer, cette connasse ! »

A peine ce voisin encombrant sorti des toilettes, je me rhabille à grande vitesse, tandis que Luc a du mal à s’en remettre : nous avons failli être pris en flagrant délit par le grand boss lui-même. Nous nous sourions avec stupeur et complicité à la fois, puis je me dépêche de filer le plus vite possible. Mon tyran est arrivé plus tôt que d’habitude, et dans quelques instants il réclamera ma sélection personnalisée d’informations. Il ne faut pas tarder…

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